jeudi 22 décembre 2011

Le cadeau empoisonné du père noël


Je voudrais bien me dire que noël, c'est bien. Que c'est bien, de cultiver notre soif de merveilleux, dès notre plus tendre enfance. D'explorer notre fascination pour la magie, de repousser les limites de notre imaginaire en développant sans cesse notre imagination débordante d'enfant crédule. 
Mais chaque année c'est la même chose. Je ne suis pas très bien.


Enfants innocents, adultes coupables et autres étranges symétries
N'y a t-il pas dans ce déversoir incontournable de bons sentiments, une frénésie artificielle qui révèle le déni dans lequel on vit?
Qu'historiquement, les humains de l'hémisphère nord, au plus profond de l'hiver, dans les journées les plus courtes de l'année, aient ressenti de se serrer les coudes pour se réchauffer devant un bon gueuleton en rêvant d'un au delà féerique, je trouve ça tout à fait normal et même salutaire. En revanche, que l'on ait construit un mythe que l'on cultive au point d'en déconsidérer le réel, ça m'attriste. Je vois cela comme un obstacle au bonheur.
Je ne parle même pas ici de l'aspect consumériste, ni de l'aspect religieux, et tout et tout...
Non non.
Je parle simplement de cette corruption collective qui nous pousse à entretenir un paradis artificiel pour nos petites têtes blondes, qui nous pousse à les maintenir le plus longtemps possible dans l'illusion, comme s'il fallait les préserver le plus longtemps possible, au motif que la vraie vie va les abîmer à jamais.

Cette idéalisation de l'ailleurs imaginaire n'est elle pas pas la partie émergée de la diabolisation du réel? Cette exaltation de l'innocence n'est elle pas le symptôme visible de la dissimulation de notre culpabilité? 
Nourrir le rêve, fuir le réel
Je ne comprends pas quel est l'intérêt de jouer aussi longtemps aux illusionnistes avec nos enfants.
Ou bien est-ce simplement un rite initiatique? Leur impose-t-on une overdose d'idéalisme pour les vacciner, et les formater à vie au fatalisme?
C'est possible. 
Ne serait-on pas tenté, face à la dureté et la complexité croissante du monde, de nous réfugier non plus dans les religions traditionnelles, mais dans les mythologies waltdisnyennes?
La foi superstitieuse, comme bagage pour la vie, pourquoi pas?
Il est vrai que nos superstitions sont notre dernier recours quand nos efforts de pensées rationnelles mettent en exergue notre impuissance. La superstition est le dernier rempart contre le désespoir. Soit.

Pour autant, plutôt que renforcer cela chez nos enfants, n'y a-t-il pas meilleur bagage à leur confier dès leur plus jeune age pour lutter contre le désespoir?

Si on leur donnait le goût de la réalité, plus que de l'imaginaire? Si on les sensibilisait au merveilleux qui imprègne la réalité, plutôt que celui qui sature nos illusions?
La générosité réelle de leurs proches qui se plient en quatre à Noël pour les gâter n'est elle pas plus belle que celle d'un gros monsieur barbu vêtu de rouge qui a à faire à des centaines de millions d'enfants et auprès duquel on restera à jamais anonyme?

Cultiver la foi de nos enfants dans le merveilleux, c'est un peu comme si on s'inclinait devant notre impuissance à cultiver notre bonheur dans ce bas monde et qu'on leur donnait le repli sur soi en bagage, comme seul outil pour affronter la suite. Mais est-ce un vrai cadeau?




Mirages tragiques
Et si on apprenait plutôt à se regarder, à s'ouvrir et à s'aimer? Les formes subtiles et incroyables que prennent les relations humaines ne sont elles pas le plus beau décor qu'on puisse donner à des contes de fées qu'on écrirait soi même?

Qui sait...
C'est en tous cas ce que je me dis, lorsque j'assiste, impuissant, à la dislocation de ce couple qui se déchire de découragement et d'incapacité à communiquer, à se comprendre, à s'accepter. Chacun reprochant à l'autre de ne pas lui apporter la hotte pleine de cadeaux comme prévu, de ne pas être le prince charmant annoncé, de ne pas être la bonne fée, de ne pas avoir de baguette magique.
Chacun reprochant à l'autre de ne pas comprendre ce qui n'a pas été expliqué, de ne pas deviner ce qui n'a pas été prononcé, de ne pas endurer une douleur qui n'a jamais été exprimée, de ne pas ressentir une joie qui n'a pas été partagée...
De ne pas être réellement ce qu'on imaginait.
Foutu cadeau du Père Noël.
Voilà ce que je me dis en les voyant se réfugier chacun de leur côté dans leurs illusions merveilleuses et fuir le réel en se disant qu'il y a des lendemains meilleurs qui les attendent quelque part, comme des oiseaux délaissant l'arbre généreux qu'ils ont dépouillé par leur maladresse et leur précipitation, et repartant chacun de leur côté à la recherche du pommier idéal...

mardi 15 novembre 2011

Rassurer les robots

Extrait d'interview de Patrick Viveret dans Mediapart ce jour.

"Les marchés financiers fonctionnent aujourd’hui à la seconde, ou à la nanoseconde, et ne supportent plus le temps démocratique, qui ne va jamais assez vite pour eux. Un phénomène permis et aggravé par le fait que 70% des transactions financières aux Etats-Unis, et près de la moitié en Europe, sont réalisées par des automates, à travers le trading algorithmique. On ne cesse de dire qu’il faut rassurer les marchés, parce que ça ne passerait pas si on disait qu’il faut «rassurer les robots». D’où le développement de cette novlangue jargonnante de l’économie financière, qui, par son opacité, joue un rôle structurant dans le déni de démocratie.

Il y a un formidable travail de déconstruction et d’éducation populaire à faire pour savoir qui sont ces fameux marchés financiers à rassurer. Le seul fait de se poser la question du «qui?» permet de saisir à la fois le rôle considérable des automates et la psychose maniaco-dépressive dans laquelle les financiers sont engagés.

Le Wall Street Journal, qui n’est pas l’incarnation d’une pensée alternative, écrivait, au moment du krach de 1987, mais cela reste valable aujourd’hui, que les marchés ne connaissent que deux sentiments : l’euphorie ou la panique. C’est exactement ce qui caractérise la psychose maniaco-dépressive. C’est-à-dire un état où les personnes perdent le contact avec le réel, notamment économique, et peuvent dilapider l’argent. C’est une des raisons pour lesquelles on préconise tutelle et curatelle. Il ne s’agit donc pas seulement de réguler les marchés financiers, mais aussi de les soigner. Les marchés financiers constituent aujourd’hui un problème de santé internationale."

Et aujourd'hui, en France, de quoi cause-t-on?
Des onéreux fraudeurs (et par extension, les assistés) . Comme prévu, et reprévu...

mardi 18 octobre 2011

La pernautisation des esprits...

Petite mesquinerie d'un journaliste en mal d'inspiration ou révélateur d'un syndrome plus profond? A la lecture de cet article surprenant, je m'interroge.
Bien sûr, nul n'est obligé d'assumer une réaction empathique à chaque fait divers, à chaque fois qu'un malheureux pète un câble, ou qu'un autre désœuvré pète les plombs. Mais de là à sortir froidement sa calculette pour répondre à la question fatidique, en assénant un bien pernotien "Combien ça coûte?", là, je reste coi.

Puis deuxième réaction : à la bonne heure ! Le Figaro va donc aussi pouvoir s'émouvoir alors du coût des déplacements présidentiels qui mobilisent bien plus de moyens publics que ce pauvre chômeur, et qui vont se densifier avec la campagne électorale. Sommets internationaux, excursions provinciales, procès politiques aussi onéreux qu'inutiles... Réjouissons nous braves gens... L'argent va continuer à couler à flot ces prochaines semaines autour de notre souverain...

Et puis, et puis, de toutes façons... Pff...

Tiens, je me sens bizarre tout à coup, moi aussi, je me demande si...
C'est comme un vertige, comme si j'étais irrémédiablement et inconsciemment attiré par cela... Ne suis-je pas gagné par cette douce lumière qui illumine mon cerveau? Je suis en train de m'identifier à l'honnête contribuable lecteur du Figaro, et mon Dieu que le monde devient limpide !
Moi qui rentre tous les soirs retrouver femme et enfant dans mon placement si douillet qui me permettra d'être plus riche d'ici une vingtaine d'années quand j'aurais fini de le payer. Qu'il est bon de se sentir plus malin que les autres !
Et je comprends du coup l'indignation qui point lorsqu'un inopportun grain de sable tel que ce chômeur abject vient troubler notre quiétude. On rêve tous d'un monde où l'on pourrait sereinement se consacrer à optimiser ses placements défiscalisés dans la joie et la bonne humeur.
Mais voilà, il faut faire avec les rabat-joie.
Décidément les malheureux n'ont vraiment rien d'intéressant à partager. Si au moins le malheur des uns faisait le bonheur des autres. Mais non. Nous voilà quittes pour un grand gâchis.
Manquerait plus qu'on perde notre AAA à cause d'eux...


C'est vrai, il faut bien l'avouer, avoir un portefeuille à la place du coeur est beaucoup plus confortable. On s'indigne certes, c'est irritant c'est vrai, de constater l'incurie, la gabegie, l'incompétence de tous ces boulets qui freinent notre enrichissement personnel. C'est un réel poil à gratter au quotidien.
Mais c'est tellement plus reposant que d'avoir un coeur, même tout petit, surtout quand il se met à battre pour les autres...

mercredi 5 octobre 2011

Du courage de renoncer...

Notre grand vizir "devenu-calife-à-la-place-du-calife" a énoncé cette parole pleine de sagesse et de clairvoyance à l'endroit de son grand ami Jean Louis :  "C'est plus courageux de renoncer que d'y aller"

Et moi, d'applaudir des deux mains, en renchérissant : "Toi aussi, Nicolas, tu peux le faire... Allez, Nicolas, un peu de courage !"

mardi 20 septembre 2011

Pour une poignée de pétro-dollars...

Amis révolutionnaires libyens...
Comme il m'est de plus en plus difficile de laisser quelques arrivistes abjects parler au nom des français, et par conséquent en mon nom, pour désigner des actes et des paroles que je ne saurais assumer, je me permets de me désolidariser de cela en m'adressant à vous depuis cet oratoire microscopique, dérisoire et insignifiant.

Je regrette que vous ayez été montrés aux yeux du monde entier sous un jour peu flatteur. Avez-vous en effet conscience que vous acclamiez un petit coq tricolore en train de pavaner sur vos champs de bataille alors qu'hier il baisait les babouches à votre colonel, pour une poignée de pétro-dollars ?
Pétro-dollars qui vous ont permis d'être encore mieux surveillés par votre dictateur ces dernières années.
Sachant que, pour quelques pétro-dollars de plus, votre grand dictateur a eu droit à une bagnole trafiquée made in France, très pratique pour narguer le reste du monde quand on se fait la belle dans le maquis.

Oui c'est agaçant hein, mais vous verrez, vous vous y ferez. Vous allez avoir chez vous aussi un nouveau calife semblable au notre. Qui sera bien occupé à rembourser en barils la société Total, avec encore quelques pourboires en pétro-dollars pour notre vizir à nous, pour toutes les bombes qu'on a lâchées sur votre pays pour installer la démocratie.
Bah oui, la démocratie ça a un prix.
Mais vous verrez c'est sympa.

Une  démocratie, c'est quand le calife en place (ou son rival) est obligé, pour accéder ou s'accrocher au pouvoir, de demander du pognon dans d'autres pays, si possible pauvres, grâce à des contrats un peu complexes de coopération bilatérale d'aide au développement. Pas le genre pétrole contre nourriture, non non, des trucs bien plus utiles pour l'humanité : mallette contre sous marin nucléaire, billets contre missiles, lingots contre système d'écoute téléphonique...
Une  démocratie, c'est quand c'est le Ministre de l'Intérieur, qui veut devenir calife à la place du calife, s'occupe en secret des contrats d'armement avec l'Arabie Saoudite ou la Libye, même si c'est pas son rôle, tout en faisant croire au contribuable qu'il en a pour son argent puisque le Ministre de l'Intérieur consacre tout son temps et son énergie télévisuelle à mettre des populations ciblées en prison, en charter, ou au karscher.
Une démocratie c'est quand le parti au pouvoir propose à ses généreux cotisants de sacrés bons de réduction sur les impôts, quand ce n'est pas directement une assistance personnalisée à la défiscalisation.
Une démocratie c'est quand une grande partie de la justice est réquisitionnée pour instruire de procès débiles de mauvaises machinations où y a même pas eu mort d'homme, pendant que dans le même temps tout le monde reproche à la justice de mal faire son boulot par manque de moyens.
Une démocratie, c'est quand le président il peut se permettre, lors de chaque crime, de dégommer des responsables en leur expliquant qu'ils auraient dû arrêter le criminel avant même que celui ci commette le crime.
Une démocratie, c'est quand la la liberté de la presse est telle qu'elle peut se concentrer à longueur de temps sur les crasses et les vacheries de politiciens entre eux, au lieu de rapporter et disséquer le contenu de leur programme.
Une démocratie, c'est quand on préfère se concentrer sur le prestation télévisuelle d'un puissant mal élevé pris en mauvaise posture, pour éviter de s’appesantir sur l'avenir de l'Europe dans la crise financière. C'est quand on débat de la pertinence d'une taxe sur les parcs d'attraction plutôt que s'attaquer à la fiscalité écologique ou à la question de la gestion des ressources et des déchets dans le monde, ou aux conséquences climatiques.
Une démocratie, c'est quand, sur tout l'éventail politique, les Dupont Aignan, Bayrou, Montebourg ou Joly qui essaient de ramener une certaine éthique au coeur de leur mission, restent désespérément minoritaires dans leur courant et dans l'opinion.
La France est un pays profondément imprégné par la corruption.
Mais au moins on est un pays stable. La corruption généralisée est un état stationnaire très durable qui évite de se poser la question de l'avenir. La France va donc pouvoir rayonner encore longtemps ! Sûr qu'on doit faire rêver les Libyens avec notre belle démocratie...


mardi 19 juillet 2011

Lynchons la norvégienne...

Aux armes, téléspectateurs
Une fois encore, c'est bien parti, le climat s'y prête.
L'été s'ra chaud, l'été facho.
Comme l'année dernière.
Il y a un an c'était les Roms, cet été ce sera la Norvégienne. 
Sus à l'ennemi intérieur.
Eva sera notre nouvelle Marie-Antoinette. 

Trafiquer en paix
Mais on n'est plus en 1789. Cette fois-ci la jacquerie arrange les puissants.
Ils sont du côté de la foule lyncheuse. Pour ne pas dire qu'ils en sont les meneurs.
Les marchands de canon battent le pavé, avec la foule, pour sauver son défilé de majorettes, menacé par une arrogante norvégienne. Ce n'est pas qu'un combat symbolique, notez bien que si on la laisse faire, elle ne s'arrêtera pas là. Il ne manquerait plus que cette juge à la retraite vienne nous empêcher de fabriquer, vendre des armes, et les bakchichs qui "fluidifient" la politique française, en paix.

French Style
Pauvre France qui, en 30 ans, est passée de "Touche pas à mon pote" à "Touche pas à mon tank".
Qui était fière d'être un exemple à suivre pour les peuples du monde entier, et qui aujourd'hui a peur de tous ces peuples et cherche à se recroqueviller, nostalgique d'un passé pourtant pas si glorieux, à veiller sur ses clochers d'église de peur qu'ils ne soient remplacés par des minarets...
Mais non, papi et mamie, on va pas vous le supprimer votre défilé militaire... Vous les verrez les beaux soldats, en treillis de parade. Vous pourrez continuer à voir passer les chars Leclerc et des toute la quincaillerie de Dassault, meuh oui on a la plus belle armée du monde, là sur les Champs Élysées... 

La France, tu la comprends ou tu la quittes.
Mais tu nous dis pas ce qu'il faut faire et ne pas faire, hein, Eva?
T'avais pas entendu Coluche qui nous disait pourquoi les français avaient choisi le coq comme emblème? Tu sais cet animal fier et hautain qui ne ferme jamais sa grande g... et se la pète alors qu'il a toujours les pieds dans la m...? 
Faut pas nous empêcher de bomber le torse sur les Champs, nous, hein? On est des gaulois bien virils, des guerriers bien barbares, hein, pas des mauviettes !
Bon et si t'as toujours pas compris qui on est, y a cette chanson de Brassens. Plus vraie que nature.

La ballade des gens qui sont nés quelque part

C'est vrai qu'ils sont plaisants tous ces petits villages
Tous ces bourgs, ces hameaux, ces lieux-dits, ces cités
Avec leurs châteaux forts, leurs églises, leurs plages
Ils n'ont qu'un seul point faible et c'est être habités
Et c'est être habités par des gens qui regardent
Le reste avec mépris du haut de leurs remparts
La race des chauvins, des porteurs de cocardes
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part

Maudits soient ces enfants de leur mère patrie
Empalés une fois pour toutes sur leur clocher
Qui vous montrent leurs tours leurs musées leur mairie
Vous font voir du pays natal jusqu'à loucher
Qu'ils sortent de Paris ou de Rome ou de Sète
Ou du diable vauvert ou bien de Zanzibar
Ou même de Montcuq il s'en flattent mazette
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part

Le sable dans lequel douillettes leurs autruches
Enfouissent la tête on trouve pas plus fin
Quand à l'air qu'ils emploient pour gonfler leurs baudruches
Leurs bulles de savon c'est du souffle divin
Et petit à petit les voilà qui se montent
Le cou jusqu'à penser que le crottin fait par
Leurs chevaux même en bois rend jaloux tout le monde
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part

C'est pas un lieu commun celui de leur connaissance
Ils plaignent de tout coeur les petits malchanceux
Les petits maladroits qui n'eurent pas la présence
La présence d'esprit de voir le jour chez eux
Quand sonne le tocsin sur leur bonheur précaire
Contre les étrangers tous plus ou moins barbares
Ils sortent de leur trou pour mourir à la guerre
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part

Mon dieu qu'il ferait bon sur la terre des hommes
Si on y rencontrait cette race incongrue
Cette race importune et qui partout foisonne
La race des gens du terroir des gens du cru
Que la vie serait belle en toutes circonstances
Si vous n'aviez tiré du néant tous ces jobards
Preuve peut-être bien de votre inexistence
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part

Georges Brassens   1972

mercredi 13 juillet 2011

Oh pétard !


Allez-y les gars, lâchez-vous !
En voilà un 14 juillet qui aurait de la gueule, non?

Pendant ce temps, un gars nous explique sereinement qu'il "est urgent pour la France de choisir un président exceptionnel."
et de nous expliquer sans rire "Afin d'accomplir cette traversée, les citoyens choisiront le plus sérieux des pilotes, même s'il s'appelle... Sarkozy.
 avant de conclure par cette conclusion cauchemardesque " faire passer l'opinion du TSS - "Tout sauf Sarkozy" - au SMT - "Sarkozy malgré tout" ?  "

Si le destin d'un pays ne tient qu'à un homme, alors il est temps d'en changer, car le moins qu'on puisse dire, c'est que vu les années passées, le destin de la France aura été le cadet de ses soucis...
Et si comme moi, on considère que le destin d'un pays dépend avant tout de l'organisation collective et de l'état d'esprit qui y règne, là aussi tout milite à remplacer le plus haut responsable, car c'est le pire manager qu'on ait jamais eu... Division, humiliation, paternalisme, règlements de compte et magouille sont les pires ingrédients pour rendre un collectif performant...
Dans tous les cas faire sauter l'usine oui, ou à la rigueur légaliser le cannabis pour redonner un avenir à la filière française...

dimanche 10 juillet 2011

Normes de sécurité et autres barrières à ne pas franchir

C'était dans un monde dans lequel chaque couple ne donnait naissance qu'à un enfant unique.
L'enfant était sacré. C'était la plus belle chose qui pouvait arriver aux jeunes gens. Faire vivre une famille centrée et resserrée sur cet enfant.
Donner naissance une fois et faire vivre ce lien sacré jusqu'à la fin de ses jours.

Bien sûr, dans les faits, il pouvait arriver que l'enfant unique se fâche avec ses parents, et que cette brouille laisse aux uns et aux autres un sentiment d'échec indélébile. Discrètement, en dissimulant leur sentiment de honte, les parents reniaient leur enfant et alors en concevaient un autre.
On fermait les yeux là dessus, c'était des choses qui arrivent. L'important c'était de se focaliser sur les destinées réussies. Cette espérance de l'enfant sacré faisait vivre les jeunes couples au fil des générations.

Un jour un couple iconoclaste annonça une décision choquante : ils allaient avoir un deuxième enfant, sans renier le premier.
Les réactions les plus virulentes de leurs pairs ne se firent pas attendre.
- Comment, vous n'aimez plus votre enfant? Quelle horreur ! Ayez au moins le courage de le renier !
-  Soyez réalistes, ça finira mal !  Forcément le premier sera moins aimé, il ne va pas le supporter. Un enfant c'est intrinsèquement jaloux, un enfant ne sait pas partager !
- Aimer plus, c'est aimer moins ! Le bonheur et l'amour ne se multiplient pas, vous allez vous faire de l'ombre, il faudra vous rationner !
- Vous êtes dans l'illusion consumériste ! Et on ne fait pas des enfants comme on va au supermarché, pour alimenter une collection ! Satisfaites-vous de ce que vous avez !
- Comment peut-on aimer plusieurs enfants à la fois? C'est irresponsable ! Vous allez tous les rendre malheureux... Vous êtes dans l'utopie et vous ne pourrez pas assumer !

L'histoire ne dit pas ce qu'il advint de leur projet.

On aurait bien aimé les aider à se libérer de cette norme ancestrale qui les persuadait qu'une famille ne pouvait être épanouie que de cette façon.
Mais nous ne pouvions pas nous faire entendre.

Alors il ne restait qu'à espérer que petit à petit cette norme se desserre, que de jeunes parents se mettent à oser, à expérimenter, et vérifier qu'une famille pouvait être épanouie dans une diversité plus large. Se rendre compte que s'affranchir de cette norme de sécurité ne faisait pas forcément vivre plus dangereusement. Qu'élargir le cercle de son rayonnement ne diluait pas ce rayonnement. Que l'unicité n'était pas supérieure à la multiplicité. Que ça diminuait sensiblement le risque de reniement, cette issue si terrible pour chaque individu... Bref qu'un écosystème ouvert pouvait être plus protecteur et durable qu'un cocon fermé.

Heureusement que dans notre monde à nous, nous n'avons pas hérité d'une telle norme qui polariserait tant notre façon de penser, que nous réagirions mal à toute idée qui nous en dévierait...




****************

Modeste petit conte inspiré par la virulence des réactions lues ici.
Où la radicalité de certains, sans doute pourtant parmi des esprits progressistes, semble révéler une intolérance vis à vis de mœurs déviantes, proche des milieux réactionnaires traditionnels. Lesquels ont en ce moment un autre souci avec des thèmes hors-normes...
Non pas pour alimenter la polémique, ni entretenir cette partie de ping pong de jugements mutuels, mais parce qu'elle me fait prendre conscience de l'inconfort que l'on ressent lorsqu'une norme est mise à mal par des idées iconoclastes. Qu'est-ce qui nous donne tant d'énergie à sortir les griffes pour remettre les autres dans le droit chemin? Sans doute se sent-on dépossédé d'un peu de notre patrimoine commun, ou juste pris de cours, je ne sais pas...

vendredi 17 juin 2011

Précautionnite aigue, catastrophisme ambiant, et les grecs...

Entendu ce matin, cette chronique sur France Inter.
Une énième rengaine sur la frilosité des français, ces froussards qui font rien qu'à avoir peur de tout.

Du concombre allemand, du téléphone portable, des centrales nucléaires, de la grippe A. Qui aurait cru que le pays de la philosophie des Lumières, de la « raison éclairée » et du positivisme serait contaminé à ce point par la frilosité et la crainte ? Contaminé au point d’avoir inscrit le principe de précaution dans sa Constitution.
Bah oui. Être obligé de graver dans les lois qu'on ne peut pas faire tout et n'importe quoi, si c'est pas malheureux.... Comme si ces dernières années, on avait connu des crises sanitaires ou environnementales qu'on pourrait imputer à la frénésie du court-termisme et à l'avidité, au point d'avoir à expliciter la notion même de précaution... Curieux non?

La faute aux français certes...  mais également à ceux qui les gouvernent...
Transformés en Super Nanny, (la peur) permet (aux hommes politiques) de renforcer leur pouvoir sur les citoyens que nous sommes. Et puis, l’émotion est souvent plus payante électoralement que la raison. 
C'est pas faux....
Et notre chroniqueur de s'inquiéter du brouhaha qui entretient ce manque de sérénité...
La société actuelle a tendance à surévaluer les faibles probabilités pour mieux exagérer les menaces. Tout discours sensé et scientifique est devenu inaudible. Les discours catastrophistes prolifèrent sur ce terreau irrationnel
C'est vrai ça, on est devenu complètement paranoïaque, comme si dans ce pays on avait soudainement plus confiance en personne, comme si on se sentait trompés par tous...

On devient suspicieux, comme si on craignait que l'argent, telles les molécules des laboratoires Servier, soit une substance miracle en apparence, mais aux effets indésirables dramatiques, de ceux qui brouillent les messages scientifiques, qui biaisent les raisonnements, rendent roublards et avides les hommes aux apparences si respectables...

On est dubitatifs et craintifs sur la fiabilité ou l'intégrité de nos institutions, comme si l'administration de la République pouvait un jour se voir soupçonner d'accorder une certaine mansuétude fiscale à l'égard des donateurs du parti présidentiel...

On se met à douter, comme si les juges antiterroristes du pays se mettaient à désigner des kamikazes d'Al Quaïda comme coupables idéaux, en négligeant leur enquête, de peur qu'on se mette à soupçonner des affaires de corruption au sommet de l'Etat...

Comme si les hautes instances de la justice passaient plus de temps à chercher des poux aux juges qui font leur boulot qu'à sanctionner les hauts responsables politiques se laissant aller à des écarts de parole délictueux...

Comme si les hautes instances de régulation de l'économie mondiale se laissaient embobiner par des agences de notation infaillibles qui font la pluie et le beau temps en attisant de pas si lointaines crises économiques internationales ....

Oui, c'est curieux tout ça.... Des craintes et des peurs totalement injustifiées, irrationnelles...

Des angoisses étranges.... Comme si le jour même, le journal dans lequel travaille notre chroniqueur se mettait à faire des unes particulièrement anxiogènes... Comme si pour les journaux aussi, l’émotion était souvent plus payante commercialement que la raison...


Comme si le chroniqueur avait annoncé cette une à l'animatrice de l'émission, à la fin de la chronique, sans réaliser toute l'ironie que cela jetait sur le reste de sa chronique. Comme s'il ne s'était pas rendu compte à ce moment là que dans toute sa chronique parlant de la peur, il n'avait pas une fois cité le mot confiance....

Comme si les chroniqueurs et les décideurs de ce pays ignoraient que l'honnêteté et le respect étaient les clés de voute d'un climat de confiance, et que ce climat de confiance soit la base du bien-être individuel et collectif... Que sans bien-être individuel et collectif, pas d'épanouissement, pas de créativité...
Comme si d'ailleurs les chroniqueurs et les décideurs de ce pays avaient un peu tout perdu à la base...




lundi 6 juin 2011

Il n'y a pas de hérissons sans épines (aka Usclade en boule au parc d'attractions)

On a été en famille au parc d'attractions. Ça faisait longtemps qu'ils nous le réclamaient.
Il y a quelques années, une journée sur ce site m'avait agréablement surpris au point de démonter mes préjugés sur les parcs d'attractions... Arboré, vaste, tranquille, il n'avait rien des clichés que je m'en faisais. Et puis un hérisson bien de chez nous, c'est quand même mieux qu'une souris impérialiste de chez les ricains, hein?
J'y suis donc retourné cette fois ci la fleur au fusil...
Un peu trop fly-fly hélas : j'ai vite été refroidi par les bouchons à quelques km du parking. Faut il que je sois insouciant ces temps-ci pour oublier la notion de pointes de fréquentation, et faut-il que je prenne mes désirs pour des réalités pour m'être convaincu que ces concepts de divertissements industriels étaient has-been et n'attiraient plus personne...
Quelle erreur d'appréciation : c'était même pas un bain de foule, c'était une immersion suffocante...

Alors que ma petite famille exemplaire rêvait patiemment de monter dans les montgolfières folles ou la chenille saoule, moi je n'ai pas attendu pour m'offrir d'emblée une séance d'auto-blâme sans retenue, mêlée à une partie de blastage de mes contemporains. Avant même d'avoir pénétré dans l'enceinte du parc, dès la première session d'attente (les caisses à l'entrée, quel plaisir..), j'étais déjà en train de grommeler et dégommer du quidam sans retenue...
Non mais quelle idée de planifier cette journée le jour de la plus forte affluence annuelle (j'en suis sûr) ! On est trop cons ! Et tous ces blaireaux autour, là qui ont fait des centaines de km pour venir s'entasser comme des boeufs, le bilan carbone, ça vous parle? (bah oui, nous on était des autochtones, on a fait que 40 bornes, c'est différent).
Et puis de quel droit ces marchands de divertissement nous prennent-ils, à chaque attraction, une demi-heure de mon temps, si précieux, à me maintenir immobile à la queue leu leu avec mes mioches, décidément surprenants de discipline, alors que je pourrais profiter gratuitement de mon temps libre ailleurs? J'ai fait mon service militaire sans broncher y a quinze ans, j'ai déjà donné, bordel sacrebleu !
Et puis tout est si artificiel ici, carton pâte, gaspillage, concentration, caricature... vision pornographique du monde ambiant...

Mes enfants, j'aurais tant voulu vous protéger de tout ça...
Vous qui semblez si insouciants là... Euphoriques, mêmes.
N'êtes vous pas effrayés d'aller vous fondre dans la foule ? Moi cette marée humaine oppressante me terrorise....

(bon, heureusement leur sourire contagieux n'a pas tardé à me dérider...)
Allez zou, c'est parti pour un tour de hérisson...


Ok les enfants vous avez gagné, vous allez voir votre cow boy de papa se ridiculiser sur un faux taureau vraiment pas confortable dans une (très courte) séquence de rodéo d'anthologie...

Ah non Nono, ça fait 25 minutes qu'on attend patiemment pour les embarcations tamponneuses, il ne reste plus que 27 personnes devant nous là, on va embarquer dans moins de 7 minutes, c'est vraiment pas le moment !
"Pipi !!!!"
(finalement, quand on est poli avec les gens, ils acceptent sans problème que je soulève mon petit par la peau du cou en urgence pour arroser les buissons qui délimitaient la file d'attente)
T'as raison fiston, même au beau milieu du troupeau, faut jamais oublier de marquer son territoire...

Mais non, Guitou, tu vas pas donner ta crème glacée qu'on-a-payée-une-fortune-même-si-elle-est-pas-terrible au dinosaure, hein? Tu vois bien que c'est un faux, là !!!

Bref, que d'aventures...



Pour un ratio vraiment médiocre... environ 5h d'attente, 2h de marche pour moins de 50 minutes de divertissement, on s'est quand même bien amusés... Et au moins ça vous a appris la patience, hein, ce truc que votre vieux père n'a jamais réussi à acquérir...
Et puis ça a vraiment magnifié le meilleur moment, le plaisir ultime, celui qu'on ressent quand on remonte dans sa voiture pour rentrer, enfin... Ah quel pied...

Ben ma chérie, pourquoi tu fais la tête? Tu t'es pas bien amusée?
Oui tu voulais t'arrêter dans les boutiques, je sais...
Mais on t'a déjà expliqué avec maman, ce n'est pas important les babioles, ces boutiques sont des attrape-nigauds, tu vois bien. Je sais que tu voulais t'offrir un hérisson en peluche avec ton argent de poche, mais regarde, à la maison, on a déjà tellement d'objets inutiles qu'on n'arrive plus à les ranger, ils nous envahissent, on peut plus bouger !
Ok t'es pas convaincue... t'en veux à tes vieux...
Mais ça ne justifie pas un tel chagrin tu sais...
Allez sèche tes larmes ma chérie, tu vas émouvoir tes p'tits frères (en vérité c'est moi qui me sens monter les larmes, là)
Ma chérie, mais non, c'est vrai ça s'appelle souvenirs, mais ces objets qui polluent ne sont pas des vrais souvenirs. Les souvenirs ils sont déjà dans ta tête, c'est tout le bonheur qu'on a eu ensemble... Remémore-toi ton petit frère qui battait des ailes d'excitation comme un oisillon quand la chenille saoule s'élançait dans le vide, ou ton autre frère qui était tout heureux de réaliser que les montgolfières folles volait dans tous les sens et qu'il n'avait même pas le vertige ! Est-ce que ce Riton le hérisson en peluche fabriqué en Chine sait tout cela? Non, il a aucun de tes souvenirs !
Tes souvenirs, ils sont seulement dans ta mémoire et tu pourras les partager avec les autres en les dessinant sur du papier... C'est à toi d'écrire le livre de tes aventures chez Riton le hérisson ! Pas à un pauvre ouvrier, à l'autre bout du monde, qui n'est jamais venu par ici !

Au regard noir qu'elle me lança, je compris qu'elle n'avait que faire de mes sermons.
Pas facile d'avoir des parents rabat-joie et intégristes.

Pourtant le soir, j'eus un véritable réchauffement au coeur, de ceux qui vous rendent le plus heureux des papas, quand elle arriva vers moi, avec une dizaine de feuilles mal agrafées...
"Papa, regarde mes dessins...."






dimanche 5 juin 2011

Le cancer (suite)

Argghhh, voilà donc comme prévu la deuxième salve...
Où l'on apprend que "70% d'entre nous" plébiscitons l'affirmation comparant l'assistanat au cancer de la société...
C'est vrai qu'à côté l'évasion fiscale, le manque d'eau, le fait qu'il n'y ait plus d'animaux dans la rivière en bas de chez moi parce sans doute l'eau qui ruisselle des champs autour ne leur plait pas, la sécheresse incroyable qui sévit en Europe, les milliers de bêtes qu'on va abattre parce qu'on a jamais pensé à faire des réserves d'eau l'hiver au cas où le printemps serait sec, le fait qu'en 2010 on a jamais émis autant de CO2, notre dépendance à la bagnole, la pollution urbaine, notre incapacité à accepter de ralentir pour polluer moins,  notre dépendance au nucléaire, l'insupportable comportement de notre classe politique qui passe son temps et toutes ses préoccupations à magouiller et niquer ses adversaires pour la prochaine échéance électorale, notre incapacité à produire les choses à leur juste coût, notre importation maladive et compulsive de biens de consommation inutiles depuis la Chine, les nouvelles souches résistantes aux antibiotiques.. bref tout ça ne sont que des péripéties...
Oui tout cela n'est qu'anecdotique par rapport au vrai fléau : le chômeur qui, depuis son divan, menace l'avenir de l'humanité (et surtout symboliquement notre feuille d'impôt, ça c'est inadmissible) ...

Mouais.. si vraiment ils arrivent à faire de cette polémique magnifique, belle comme un article subtil du Figaro,  un thème de campagne, alors ça montrera qu'il ne faut plus rien attendre de notre prétendu système démocratique....

jeudi 26 mai 2011

Pour le plaisir de tomber dans le panneau (avant de se prendre un arbre)

Comme Rebecca, je suis affligé par la controverse portant sur le retrait des panneaux, annonçant aux automobilistes qu'ils pénètrent dans une zone où ils sont tenus de respecter le code de la route sous peine d'amende... Et je partage son analyse...
A une différence près pourtant, c'est que je crains que les parlementaires UMP aient raison de penser que leur réélection dépend pour beaucoup de ces foutues pancartes métalliques...
Car à en croire le monde qui m'entoure, les citoyens sont avant tout des automobilistes qui ne regardent pas plus loin que le bout de leur capot...

On aurait pu penser que, suite aux résultats positifs spectaculaires (les seuls de la majorité depuis 10 ans de pouvoir) obtenus sur le sujet de la sécurité routière (deux fois moins de morts par an sur la décennie !), on aurait eu aucun mal à accepter cette évolution, frappée au coin du bon sens. Et je ne parle pas des effets bénéfiques pour l'environnement et pour la pénurie énergétique qui s'annonce.

Mais non, l'idée d'avoir à ralentir et se discipliner donne lieu à une véritable mutinerie...
On veut être libre de rouler comme des neuneus dans nos bolides à la vitesse qu'on veut.
Soit.

Désolé, Gi, là, j'arrive pas à voir la bouteille à moitié pleine... :-)
La population française me semble (dans sa grande majorité) désespérément infantile et irresponsable...


jeudi 19 mai 2011

Pays au bord de la crise de nerfs...



Nouvelles histoires de moufettes à la campagne...
Il fallait s'y attendre.
Après les Roms (voleurs), les délinquants multirécidivistes (psychopathes), les musulmans (envahisseurs), les juges (laxistes), les malades imaginaires (fraudeurs de la sécu), les fonctionnaires (privilégiés/fainéants/inutiles)...
On finirait par l'oublier, mais avant la tragédie de l'hôtel Sofitel à New York, la semaine dernière sur vos écrans, les méchants du mois étaient les assistés (parasites cancérigènes).

Le scénario est connu : l'Elysée, ou un ministre zélé, tape fort sur la catégorie désignée, et pour calmer ceux qui s'en émeuvent, on leur dégaine le sondage qui montre que 60% des français estiment qu'il a eu raison de le faire.
Et tant pis si c'est nauséabond. L'important, c'est de flatter l'opinion.
Tout cela ne serait qu'une énième anecdote de mauvais goût, si cela n'entretenait pas la spirale infernale qui tire le pays vers le bas depuis trop longtemps, et si, comme certains semblent l'annoncer, on ne risquait pas de faire de ce thème de l'assistanat un thème de campagne pour 2012... 
La ficelle est grosse, mais vu que je les vois arriver avec leur gros sabots, je ne perds pas de temps pour essayer de leur couper l'herbe sous le pied, en espérant que je ne sois pas tout seul...

L'oeuf ou la poule? 
Concernant la relation de l'assistanat et le chômage, je refuse de souscrire à l'idée que ces deux phénomènes seraient comme l'oeuf et la poule. Et qu'à défaut de maîtriser la poule, il suffirait d'écraser l'oeuf... Car il me semble à peu près incontestable qu'on puisse attribuer le chômage de masse en France
  • à la mécanisation, qui a supprimé beaucoup d'emplois peu qualifiés, 
  • à la désindustrialisation du territoire, causée par les délocalisations, qui a également supprimé beaucoup d'emplois peu qualifiés, 
  • à la pression financière du système, qui s'est mise à exiger des entreprises des rendements disproportionnés, imposant une forte rationalisation des emplois. Les gains de productivité n'ont pas été suffisamment bien partagés pour pouvoir développer de nouvelles activités et nouveaux emplois.
  • à l'inadéquation de la main d'oeuvre disponible par rapport aux besoins de profils très qualifiés (mais bon, à ma connaissance, ok, il manque des anésthésistes, chirurgiens, ingénieurs, etc... mais tout de même pas de quoi employer 3 millions de chômeurs non plus..)
Malgré cela, les hauts responsables en charge des affaires du pays de rejeter depuis le début les torts sur les victimes de ce ce phénomène : les chômeurs.... Oui, c'est parce que les chômeurs ne crèvent pas assez de faim qu'il y a tant de chômage en France !
Et c'est donc le système de protection sociale qui favoriserait le chômage...

Mettez vous à fabriquer des airbus, bandes d'assistés ! 
Les experts économiques, colporteurs de l'idéologie libérale qui défendaient la mondialisation heureuse dans les années 90, ont commencé dès le début cet inconscient travail d'humiliation des gens professionnellement peu qualifiés, en défendant le libre-échange et donc les délocalisations. 
Ces fameux "experts" nous racontaient à l'époque, avec une condescendance très coloniale, et un angélisme à posteriori très risible, qu'il était normal que les productions de produits de faible valeur ajoutée soient délocalisées dans les pays sous développés, qu'on avait mieux à faire en France. Qu'il fallait laisser la fabrication des tee-shirts et les objets de consommation aux pauvres, que la destinée de la France, c'était de fabriquer des Airbus, des TGV...
En d'autres termes, mais ce n'était pas explicitement évoqué, il fallait que tout le monde en France devienne ingénieur.
On a fermé les usines, mais bizarrement, personne n'a réussi à transformer les ouvriers en ingénieurs. Les couturières en ingénieurs. Les pompistes, les postiers, les buralistes, les dactylos, les garde-barrières... en ingénieurs...
Et comme personne n'a encore oser proposer de délocaliser les travailleurs excédentaires du sol français, ne serait-ce que pour accompagner leurs usines (on n'a affecté des charters que pour les sans-papiers pour le moment...), on a crée le pôle emploi, pour les occuper en attendant qu'ils se métamorphosent en ingénieurs par mutation spontanée...


Bouffez-vous les uns les autres, vous n'aurez plus faim...
Je veux bien laisser à nos décideurs la liberté d'affirmer que, si il y a tant de blessés en France, c'est parce que nos services d'urgence hospitaliers sont trop performants, et nos hôpitaux trop confortables... Et que si on fermait ces services, cela inciterait les gens à faire attention et il  y aurait moins de blessés et autres malades. Chacun peut croire à ce dont il a envie...
Mais ce qui est néfaste en revanche, c'est ce gâchis collectif et durable qu'alimentent ces stigmatisations et autres lynchages de bouc-émissaires.
On passe notre temps à améliorer la défiance, alors qu'il faudrait essayer de redresser la confiance.
Depuis trop longtemps, depuis 40 ans que le chômage de masse s'est installé, ces stratégies de stigmatisations politiciennes entretiennent le cercle vicieux. Dans la population, on se jette en pâture, on se regarde en chien de faïence, on se jalouse on se dénigre, car on est tous le bouc émissaire de quelqu'un d'autre. Stratégies teintées de la tentation évidente du "Diviser pour mieux régner".
Soit, mais alimenter des combats de coq, fort divertissants ma foi, n'est pas ce qui va pousser le pays à aller de l'avant. 
S'ils veulent nous remettre au travail, il va falloir qu'ils envisagent un jour une grande réconciliation : avec nous mêmes, avec les autres, avec le travail.
Sans confiance en nous-mêmes, sans confiance dans les autres, nous ne sommes rien, et nous ne ferons rien.

Le travailleur français sur le divan
Oui les français traînent des pieds sur le marché du travail. Mais plutôt qu'affirmer que le chômeur français est fainéant, creusera-t-on un jour l'aspect psychologique de la chose si on tient vraiment à la résoudre?
  • Les français, sans doute de par leur culture égalitaire, issue de la pensée universelle, semblent déjà avoir du mal philosophiquement avec le fonctionnement capitaliste. Contrairement aux pays anglo-saxons, qui voient volontiers la main de Dieu dans la gratification du mérite (on mérite ce qu'on a, et on ne mérite que ce qu'on a...), le français vit mal l'inégalité, qui le ramène à la féodalité.
    Ce qui est un moteur pour l'anglo-saxon, est un frein pour le français. Se défoncer au boulot pour un client, c'est déjà pas évident, alors engraisser un tiers (l'actionnaire), ça ne coule pas de source pour tout le monde. On aura beau culpabiliser le travailleur français, continuer à lui renvoyer des images détestables de lui même, on n'en fera pas un anglo-saxon de sitôt... (et c'est tant mieux :-)
  • L'élitisme français perdure et se mute dans l'élitisme du fric. Tant qu'on ne revalorisera pas les métiers selon l'utilité et la pénibilité, on aura du mal à pourvoir les postes dont on a besoin. L'économie est un lieu de conformisme et de reproduction regrettable. J'aurais préféré faire construire une maison en payant plus les maçons et moins l'agent immobilier. Pas trouvé les bons interlocuteurs, ça doit pas exister... Ok, mais qu'on ne reproche pas aux chômeurs de vouloir plus devenir agents immobiliers que maçons...
  • Et pour rester bien dans son boulot aussi, il faut être bien encadré. Et ça, je pense que c'est la plus grande faiblesse de l'économie française. Manager les gens, c'est un noble métier, et ce ne devrait pas être un terme péjoratif. Mais dans notre vision des organisations humaines, on n'a jamais dépassé la version hiérarchique, élitiste, rigide d'antan. Si bien qu'on ne sait pas envisager d'autres rôles que celui de petit chef : on a généralement peu envie, ni de jouer ce rôle là, ni de bosser avec. D'ailleurs en écho à ce manque d'imagination, on a toujours cru que pour lutter contre le chômage, il fallait uniquement se concentrer sur l'innovation technique ou la compétitivité commerciale. Comme si on n'avait pas encore compris que pour progresser en foot, l'essentiel avant tout de savoir jouer en équipe, que pour envisager des résultats sur la durée, la virtuosité technique ou athlétique ne se révèlent que dans le collectif ! (quoi, ça aussi, on l'a pas encore compris? :-)   )
    Et ça encore, dans le climat de défiance qui règne dans la société française, le jeu collectif est loin d'avoir le vent en poupe..

La défiance, maladie auto-immune savamment entretenue...
Le péril, dans une aventure collective, c'est quand les individualités qui composent le corps de la population cherchent tous à régner sur les autres, sans jamais assumer leurs responsabilités. C'est quand ceux qui, confortablement installés à la tête, dissolvent lentement la matrice corporelle qu'est l'idée du peuple solidaire, pour le "désactiver", le maintenir passif et servile.
Ils lui désignent en permanence de nouveaux corps étrangers, à combattre, en son sein, pour le maintenir vivant mais inerte, éviter qu'il ne se relève et ne remette en cause ce confort cérébral profiteur et apathique.
Ceci ne pourra tenir éternellement, et on ne connait pas les évolutions, même si l'histoire peut nous faire craindre, au plus fort de la crise, l'apparition du cancer généralisé qu'est le fascisme. On espère juste qu'on est encore immunisé.
Quoi qu'il en soit, en attendant, il est temps de nous engager sur la seule issue souhaitable, même si c'est de façon clandestine, et même si la tête ne nous suit pas.
Il va falloir réellement qu'on se même à re-travailler ensemble. A travailler sur nous-mêmes et à travailler pour nous-mêmes.
Alors l'issue préalable, c'est la réconciliation. Avec nous mêmes, avec les autres.
Allez.... au boulot tout le monde !




mardi 17 mai 2011

"Plus belle leur vie", le feuilleton cauchemar qui ne finit jamais...

DSK mal rasé menotté dans la nuit sous les flashes des paparazzis, qui vole la vedette à l'annonce de la grossesse de Carla, déjà fort impoliment empêchée la semaine dernière par un Ben Laden qui n'avait rien trouvé de mieux à faire que se faire descendre ce jour là...
Quel scénario haletant... Un peu grossier certes, mais c'est le propre du scénario à rebondissements que de nous mener en bateau à coups d’invraisemblances totalement imprévisibles, voire loufoques...

Ah DSK... J'ai été abasourdi comme tout le monde par cet évènement hallucinant, mais n'ayant jamais eu beaucoup de sympathie pour le personnage, ça passera vite. Je comprends la détresse de ses supporters, et ok c'est pas beau de ne pas respecter la présomption d'innocence, mais je voudrais juste souligner que malgré tous les défauts qu'on peut trouver à la justice américaine, sur ce coup là, elle ridiculise le système judiciaire français... Je ne pense pas qu'en France, si un incident avait opposé une femme de ménage noire à un président d'une instance mondiale, ce dernier aurait été traité comme un justiciable ordinaire...
On me rétorquera que ça reste une justice de classes et de races et que c'est simplement l'ostracisme anti-french qui vaut à DSK d'être traité ainsi... Ok, mais ça reste à prouver... Et en tous cas là, j'éprouve une certaine jubilation à voir les américains nous donner une leçon de justice irrévérente et implacable contre l'aristocratie mâle et dominatrice de ce monde...

Ce qui m'attriste quand même, dans cette tragédie, c'est que ça continue à alimenter notre addiction à la dramaturgie du mauvais feuilleton proposé par les puissants de ce monde. Plus que jamais, 2012 sera un nouveau casting télé-électoral  pour élire notre représentant préféré, selon toutes sortes de critères, sauf ceux qui concernent notre destin collectif.
On va, plus encore, se focaliser sur le caractère des candidats, creuser leur vie privée comme des voyeurs du loft story... Chercher en quoi telle anecdote, relatée ici ou là, révèle qu'ils ont des pulsions DSKaïennes ou des gènes Sarkozyens, démontrer en quoi leur pedigree pas n'est pas assez pur pour gouverner (pensez donc, les Hulot et Joly, qui ne font pas assez partie de la caste des politiciens, comment voulez-vous qu'ils soient aptes à gouverner un pays, en particulier "dans la tempête", alors qu'ils n'ont aucune expérience dans les magouilles d'un parti...), et j'en passe.
Mais pour ce qui est de leurs idées, leur projet de société, leur programme... Pas sûr qu'on ait le temps de s'occuper de ces aspects accessoires...

D'ailleurs, il peut se passer n'importe quoi dans la vraie vie, l'important en 2012, c'est de ne pas éliminer de notre feuilleton quotidien notre acteur préféré... Au diable Fukushima, la sécheresse incroyable qui touche la France, la question de l'après-pétrole, la décroissance, la crise mondiale du capitalisme, le chômage... Quand on verra Sarko avec son bébé dans les bras dans toutes les salles d'attente des coiffeurs et des médecins, on sera rassuré. La prochaine saison du feuilleton quotidien, "Plus belle, leur vie" gardera ses meilleurs acteurs, elle tiendra toutes ses promesses...

Oui mes enfants, le cauchemar continue, on n'est pas prêt de voir le bout du tunnel...

Mon côté fleur bleue...

De cette journée,  j'aurais pu retenir cette entrevue furtive avec une femelle triton venant gober une bulle d'air à la surface de l'eau et retournant aussi sec dans les bas-fonds.
J'aurais pu vous parler des fleurs, oiseaux et autres insectes de toutes les couleurs que ce point d'eau attire à lui, alors l'eau se fait dramatiquement rare ces temps ci.
J'aurais d'ailleurs pu vous parler de cette eau qui dort, avec sa couleur d'orage, pour nous faire oublier qu'elle est plus que jamais de l'or bleu.
C'est peut être pour cela que cette journée semblait placée sous le signe du bleu. Moi en tous cas je n'y ai vu que du bleu.

Car il y a depuis aujourd'hui ces fleurs bleues minuscules que je guettais, et qui ne m'ont pas fait faux bond, pour ne pas oublier de penser et penser à ne pas oublier. J'avais pourtant envie d'oublier de penser à cette libellule bleue qui virevoltait autour de moi, en me narguant, comme une résurgence, ça et là, du regard bleu lointain de celle qui hante mon esprit depuis plusieurs jours. Je m'habitue à sa présence, à son absence, je vis avec et je vis sans.



Et, alors que j'allais retourner sur mes pas, le son d'un petit clapotis amusant m'a fait tendre l'oreille.
Je surpris une mésange bleue en train se baigner et s'ébattre nue parmi les roseaux, avant de se cacher, toute ébouriffée, dans l'arbre fruitier juste à côté...
Elle était jolie, ainsi, fragile, dévêtue de son orgueil.

Et je me suis dit que nous aussi, nous serions tellement plus jolis, tous, si nous déambulions dans la vie ainsi, tout nus, débarrassées de notre orgueil.
L'orgueil, ce fossoyeur de relations humaines.
Mais c'est pourtant l'habit qui nous est indispensable. S'en passer fait de vous un individu indécent, méprisable.
Dommage, j'aime bien l'idée d'un monde où l'on vivrait nature, sans fard, sans carapace, en harmonie.... sur la planète bleue.
Mouais, ce doit être mon côté fleur bleue :-)

samedi 7 mai 2011

Séduire.... et assumer

Je suis quelqu'un de très ordinaire. Le gars qu'on croise et qu'on n'regarde pas.
Poinçonneur de lilas à sa manière.
Je reste dans mon blog à tripoter les mots comme il restait dans son trou à faire des petits trous.
Je suis quelqu'un qui, du dehors, semble insignifiant et satisfait de l'être.
Mais qui en dedans ne s'en contente pas.
Car je suis toujours au fond de moi à la recherche d'une petite fenêtre, la moindre lucarne où me faufiler, à l'affût d'un passage dérobé qui me mènerait à une situation d'intimité, quand la perspective me tente.
Sur le qui vive, pour faire des étincelles entre quatre yeux.
Prêt à revêtir ma tenue d'apparat, jouer les gentils garnements, et faire feu de tous les artifices.
Et ainsi trahir mon lourd secret : j'aime séduire et être séduit. 
Oui il n'y a pas de quoi être fier.
La séduction, ça a quand même mauvaise presse, non?
Il y a des jours où je voudrais me débarrasser de ce peu glorieux penchant.
J'ai même pensé que c'était une déviance.
Ou une marque de superficialité.

Séduire, n'est-ce pas manipuler?
Et manipuler c'est déguiser.
Déguiser c'est paraître.
Paraître, c'est ne pas être.
Ne pas être, c'est superficiel.

Et manipuler c'est déformer,
Déformer c'est mentir. 
Mentir c'est tromper.
Tromper c'est abuser.
Abuser c'est 
dérober

Serais-je un donc un bonimenteur inconséquent, fripon coureur de jupons, un Arsène Lupin ordinaire, un gentleman mal intentionné?
Je veux en avoir le coeur net : n'ai-je pas un peu trop le coeur léger?


Après avoir bâclé l'enquête, il est temps de faire mon procès.
S'il est vrai que les faits m'accablent, j'ignore ceux qui me sont reprochés.
Acte d'accusation bien maigre, l'appel à témoin n'a rien donné.
De quoi suis-je coupable, s'il n'y a pas de victimes à déplorer?
Où sont mes mauvaises intentions, si nul n'est là pour en témoigner?
Le procureur qui sommeille en moi me dit tout de même "Le meilleur moment dans l'amour, c'est quand ça commence. C'est sans doute pour cela que les gens comme vous passent leur temps à commencer. "
Ce à quoi je réponds "Le pire moment dans l'amour, c'est quand ça s'arrête. C'est pour cela que les gens comme moi ne s'arrêtent jamais".

Là réside toute la clé : plus que l'éphémère, je préfère la durée.
Je ne suis pas un chapardeur, un cueilleur frénétique qui viendrait dépouiller chaque plante de ses fleurs, sans penser au lendemain.
Si je sème à foison, c'est avant tout pour cultiver.
Si je multiplie, c'est avant tout pour partager.
Je me plais à rêver d'une vie irriguée par la séduction comme la pluie rend la terre fertile, quand elle y trouve la biodiversité. 

Et dans ces mots enfin mon alibi apparait.
Séduire n'est pas travestir, ni déguiser, ni dissimuler, ni tromper,  si séduire est la première pierre d'une œuvre de patience.
Séduire est construire, séduire est inventer. 
Séduire est une promesse qu'il nous faut assumer, ou ne sera que duperie qui à jamais nous compromet.

Certes la séduction est grisante. Mais ce n'est qu'une effluve de ma tasse de thé.
Ce que je préfère, c'est lorsque le temps laisse infuser.
Dans le contact j'aime m'étendre, sans pour autant me diluer.
Je me fais superficie, car c'est là ma seule surface d'échange,
et plus on la rend vaste, plus l'échange est complet.





Séduire c'est « conduire à soi », mais en s'ouvrant à l'autre. 
C'est attirer, en se mettant à la portée de l'autre.
C'est convaincre, en se soumettant au langage de l'autre.
C'est changer de forme, pour pouvoir se révéler tel qu'on est.



Superficiel n'est pas essentiel, mais c'est pourtant nécessité.
Une manœuvre pas malhonnête, que l'on s'empresse trop de juger.
Car si la superficie ne trahit pas le coeur, nous voilà innocentés.
Bref, pas de quoi culpabiliser, dès lors que l'on peut assumer....


mardi 3 mai 2011

Nouvelle modernité...

La modernité est sans doute le concept le plus ancien et le plus ringard, mais qui ne passera décidément jamais de mode. Ça tombe bien, il faut dire que contrairement à pas mal d'autres choses, la modernité semble être un matériau recyclable à l'infini....

Ainsi je ne résiste pas de vous délivrer quelques perles signées Jean-Michel Demetz, dans un article publié dans l'Express quelques jours avant le grand et merveilleux mariage princier qui a ému le monde entier. 

A Londres, le rapport à l'argent est différent: la richesse suscite davantage de respect que de jalousie. (..)
Bien sûr, il y a la crise et une économie au ralenti.(..) 
En ce jour de printemps, pourtant, c'est une autre question qui préoccupe mon interlocuteur londonien: y aura-t-il encore des jonquilles à Pâques? Car un mois de février clément a avancé leur floraison. Et Pâques, sans cette poussée d'or qui illumine les parcs de la capitale, ce n'est plus tout à fait Pâques. Telle est Londres. Aspirant à grandes goulées le souffle de la modernité et fière gardienne de ses traditions. Ouverte à l'appel du grand large et jalouse de ses jardins, publics ou secrets.
(...) renvoie à la fascination qui entoure Londres, la ville-monde. "Londres est la salle de machines du capitalisme mondial", résume le romancier Jonathan Coe. Au-delà des frontières du Commonwealth, cette cité dépourvue de grâce apparente captive, il est vrai, l'imagination des ambitieux de la planète. Venus des mondes émergents, les nouveaux Rastignac - qu'ils se prénomment Igor, Joao, Raj ou Mehmet - partent à l'assaut de la City sans complexes. Car Londres est la cité de tous les possibles. Si Paris préfère l'égalité à la liberté, sa rivale d'outre-Manche inverse la hiérarchie. Ce qui séduit nombre de jeunes Français.
Le statut universel de la langue anglaise, la sécurité renforcée dans les rues grâce aux caméras de vidéosurveillance, la réputation des écoles privées, un régime fiscal clément à l'égard des non-résidents: les raisons ne manquent pas pour que les grosses fortunes mondiales s'implantent ici. "D'autant que le rapport à l'argent est différent", glisse pudiquement un banquier français. Pas de jalousie ou d'envie. Pas de questions indiscrètes, non plus, sur l'origine des fonds. 
Londres ne cesse de se réinventer. A Shoreditch, comme dans d'autres quartiers en proie à une effervescence créatrice dans les domaines de la mode et du design, un nouveau lifestyle britannique s'épanouit. Une nouvelle modernité. Un nouveau modèle ? 

Amen. 
Ainsi notre avenir est là bas. 
Ouvriers et paysans, main dans la main avec les patrons : nous deviendrons tous traders à la City.



Oui, il suffira donc que chaque humain de la planète vienne faire fortune à Londres, sans se faire de noeud au cerveau à propos de l'odeur que l'argent n'a pas, au milieu des jonquilles, loin des crises environnementales, sociales et climatiques (accessoirement provoquées par cette salle des machines du capitalisme mondial), pour que notre avenir soit à nouveau radieux.

Assurément, un observateur étranger, de la trempe de Jean Michel Demetz n'aurait pas dit autre chose, à la veille du mariage de Louis XVI, en se promenant dans les jardins de Versailles.
"Paris ne cesse de se réinventer. A Versailles, comme dans de luxueux hôtels particuliers en proie à une effervescence créatrice dans les domaines de l'apparence et du raffinement, un nouveau french style royal s'épanouit. Une nouvelle modernité. Un nouveau modèle ?


vendredi 29 avril 2011

Le maléfice du doute.

Petite réflexion d'un lendemain. Retour sur une aventure.
Peut être parce que dans chaque histoire, l'être réel ne correspond jamais exactement à l'être désiré, et que le moindre écart entre l'image projetée et l'image réelle est une faille où notre suspicion s'engouffre, et d'où rejaillit le doute, nombreux sont ceux qui aiment prendre la tangente avant même d'en avoir fait le tour.
 

Il semble que le monde soit coupé en deux. Il y a ceux qui fuient le doute, et d'autres, apparemment moins nombreux, qui veulent gratter pour le cerner et le lever.
Je dois être assurément plus souvent de la deuxième catégorie !
De ceux prêts à creuser en prenant le temps "des fois que", et non à abréger pour voir ailleurs.
De ceux qui s'accordent le bénéfice du doute. Plutôt que le dicton-couperet : "au moindre doute, pas de doute !"
De ceux qui voient dans le doute une source de bénéfice, et non de maléfice.

Alors quand parfois hélas, la personne s'enfuit avec ses doutes, et me prive aussi du plaisir de les décortiquer, ma peine est double.
Dans ce cas effectivement, le doute perdu est à jamais est source de maléfices. Comme le sentiment de malédiction qu'on ressent en regardant une noix emportée par la rivière et qu'on ne pourra jamais ouvrir...

mercredi 27 avril 2011

Clients coupables, marchands intouchables (partie 2)


Dans le billet précédent, j'évoquais ce que la tentation de culpabiliser pénalement les clients de la prostitution révélait comme effets pervers. Et je touchais du doigt qu'au delà du cas de la prostitution, le réflexe de faire porter le chapeau au consommateur était plus que répandu dans ce monde de commerce débridé.

Aveu d'impuissance et impasse morale

Chaque recul des libertés individuelles (comment interdire à deux adultes consentants d'avoir des relations sexuelles tarifées?) traduit un aveu d'impuissance de l'intérêt général face aux déviances de quelques intérêts particuliers. Et au delà, le fait que les militants de la cause féminine n'aient plus comme dernier recours que la culpabilisation des clients de la prostitution, illustre l'impasse morale dans laquelle nous mènent les autoroutes idéologiques du libéralisme économique. 
On ne saura pas dans l'époque actuelle comment se passer du recours à la prostitution, parce que tout concourt au contraire à son essor.

Se vendre pour pouvoir tout acheter

La prostitution nous hante car dès l'entrée dans sa vie d'adulte, l'individu devra se vendre sur le marché du travail s'il veut "trouver sa place dans le trafic", comme le chantait Cabrel.
Et le désir et la frustration sont les cordes sensibles de l'individu que les marchands viennent chatouiller à longueur de journée à coup de publicités toujours plus ou moins érotisées. L'addiction à cette soupe quotidienne, provoquant un mélange permanent de plaisir et de douleur, garantit aux marchands que les individus resteront corps et âme disponibles pour le bon fonctionnement du marché...



Organisation Commerciale du Monde

On répète à l'envi que tout est marchandise, qu'il faut toujours aller plus vite, que chaque individu doit assouvir ses besoins, que tout peut se monnayer... Le commerce est présenté comme l'avenir de l'Homme, au point que depuis les dernières décennies les gouvernements nationaux n'ont cessé de se plier aux injonctions de l'Organisation Mondiale du Commerce, qui même si la crise lui a fait adopter un profil bas ces derniers temps, mérite plus que jamais son surnom d'Organisation Commerciale du Monde.

De cette idéalisation du commerce, il semble que l'on ne puisse transiger sur le droit de vendre. Si les choses se vendent,  c'est qu'il y a un besoin nous dit-on. L'idéologie néolibérale nous explique qu'il faut laisser faire, qu'il existe une main invisible qui fait en sorte que tout se régule dans le meilleur des mondes, pourvu qu'on laisse régner la loi de l'offre et de la demande.

La faute aux consommateurs.

Et naturellement donc, si toutefois le monde va mal, c'est à cause des consommateurs, qui ont des mauvais besoins, et qui ont surtout le tort de ne pas être vertueux que leurs voisins. Combien de fois n'a-t-on pas entendu que c'est au consommateur de faire changer les choses. Comme s'il en avait le pouvoir, alors qu'il est juste atomisé dans son coin, et que tous les sacrifices qu'il pourra accomplir équivaudront à pisser dans un violon.
Au consommateur de consommer éthique, de manger bio, de ne pas acheter des produits chinois fabriqués par des enfants prisonniers, vérifier ce qu'il achète, etc, etc...
Le marchand, lui, doit faire du profit. Ce serait son droit, et son seul devoir?

Abdication ?

Dans le fatalisme qui mène à en appeler à la responsabilité du consommateur plutôt qu'à celle du marchand, il y a un triste renoncement. Un postulat devenu si évident qu'on en n'aurait même plus conscience. L'humain serait intrinsèquement véniel, cupide. Il aurait le droit de faire du profit avec tout. On ne le changera pas. Il y aura toujours des proxénètes, des escrocs et autres nuisibles irresponsables parmi nous. Et ensemble on ferait du commerce de tout et n'importe quoi comme on respire, sans y penser, pourvu que qu'on en tire du profit.
Dans cet état d'inconscience généralisée, nous aurions nous, les passants honnêtes et anonymes, à vivre avec, en nous imposant de glorieux sacrifices et des interdits moraux pour nous en protéger, et porter seuls la responsabilité de la destinée du monde...

Label rose... ou démarchandisation ?

Que l'on parvienne - ou non - à neutraliser un jour les proxénètes, les escrocs, les pollueurs, les esclavagistes... et avant que l'on ne parvienne à faire prendre leurs responsabilités aux puissants de ce monde (si tant est que ce ne soient pas les mêmes que les précédents),  je vois de toutes façons deux pistes, amusantes à priori, mais pas si fantaisistes que ça, pour nous tirer vers le haut. Et comme il n'y a pas de mal à se faire du bien, commençons par la question du plaisir.

La première, c'est la méthode en vogue en ce moment. C'est la piste de labels en "ique" et en "able" : éthique, responsable, raisonnable, écologique, respectueux, durable ou que sais-je encore.
Ce n'est pas la piste la plus romantique, mais elle a le mérite d'être la plus carrée.
Sortir de l'hypocrisie et des cache-sexe, et enfin accepter que la prostitution soit une activité professionnelle à part entière. Avec des agréments délivrés qui garantissent que la personne exerce son activité en toute liberté, indépendance et sécurité. Les clients qui ne passeraient pas par cette filière seraient effectivement alors passibles de poursuites.

L'autre piste, pour les rêveurs à long-terme comme moi, consisterait à engager dès aujourd'hui les grandes remises en cause culturelles et éducatives pour apprendre à nous passer de la prostitution. Tout en trouvant, pourquoi pas, dans le plaisir sexuel en particulier, la source de motivation dont l'humanité a besoin pour initier le reflux. Utiliser l'énergie de notre addiction au cul pour nous libérer de notre addiction à l'argent, repenser les rapports entre l'individu et ses congénères, et retrouver la liberté dont la pensée économique nous a privés.
Et retrouver du temps. Temps de se libérer de ses jugements, temps de séduire et être séduit, temps d'apprécier, temps de baiser, temps d'aimer. Sans compter. Penser respect, confiance et générosité comme source de richesse. Acceptation de l'altérité et de la diversité. Et enfin retrouver la fluidité de la gratuité.
En un mot, la "démarchandisation", terme dont je suis impatient de vous en décrire dans un prochain billet tout ce que cela m'évoque...